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Leaders environnementaux — Patagonia ne veut toujours pas que vous achetiez cette veste, mais propose de vous en vendre une autre déjà portée

Patagonia ne veut toujours pas que vous achetiez cette veste, mais propose de vous en vendre une autre déjà portée
Renée Yardley
7 Septembre 2017

Leaders environnementaux — Patagonia ne veut toujours pas que vous achetiez cette veste, mais propose de vous en vendre une autre déjà portée

Dans le cadre des « Conversations avec les leaders environnementaux », le président de Rolland, Philip Rundle, demande aux entreprises soucieuses de durabilité de décrire leur approche en matière de responsabilité environnementale.

Dans la seconde partie de cette entrevue, Paul Hendricks, gestionnaire de la responsabilité environnementale de Patagonia, aborde le programme Worn Wear, la société de consommation et une publicité mémorable, ainsi que les fidèles lecteurs des catalogues Patagonia.

La première entrevue s’intitulait « Patagonia est une entreprise investie par une mission. »

RAISON D’ÊTRE DE PATAGONIA

Fabriquer les meilleurs produits en causant le moindre impact environnemental, utiliser le monde des affaires pour inspirer et mettre en place des solutions à la crise environnementale.

Q : Comment assumez-vous la responsabilité des produits Patagonia tout au long de leur cycle de vie?  

R : Cela commence par le premier élément de notre raison d’être : fabriquer les meilleurs produits.

Nous concevons et produisons des produits fabriqués de la manière la plus durable et la plus responsable, et ceci illustre très bien notre parti pris environnemental. En parvenant à ce qu’un produit dure plus longtemps, on réduit l’impact environnemental qu’implique son remplacement, c’est-à-dire les manœuvres requises pour éliminer le vieux et produire le neuf.

La manière responsable de produire consiste à utiliser des sources d’énergie renouvelables, des matières récupérables ou recyclés, à augmenter les avantages sociaux et à maximiser l’efficacité dans la chaîne de production. Nous nous préoccupons aussi de ce qui se passe en aval, pour être sûrs de la réutilisation, de la retransformation ou du recyclage des produits. Nous accordons une grande importance à l’utilisation en fin de vie.

Le programme Worn Wear, récemment lancé en ligne, en constitue un bon exemple : nous reprenons tous les vêtements Patagonia déjà portés, quel que soit leur état, nous les réparons et les renvoyons aux clients par la poste. S’ils sont trop abîmés, nous les recyclons. Quand vous ne portez plus une veste, par exemple, vous pouvez la revendre et quelqu’un l’achètera de seconde main. On trouve beaucoup de très beaux vêtements usagés ici. 

Q : Dans un monde orienté sur la consommation, Patagonia semble déphasée — pourquoi l’entreprise est-elle aussi florissante? 

R : C’est un point sur lequel nous revenons souvent. Notre modèle d’entreprise assume ses responsabilités quand il est question de retombées négatives. Ceci nous incite à réfléchir de manière globale sur notre fonctionnement en tenant compte de la santé de la planète. Une telle approche va à l’encontre de la façon classique de considérer le rôle d’une entreprise.

Patagonia fait écho aux tendances de la société et de plus en plus de gens se reconnaissent dans une telle trajectoire. Particulièrement la génération des milléniaux, qui constate l’impact de la consommation et qui se montre de plus en plus engagée lorsque vient le temps de dépenser son argent. Nous leur offrons cette échappée.

Lorsque nous avons produit une publicité affichant « N’achetez pas cette veste », nous parlions sérieusement. Et nous continuons de le faire. Conscients que la consommation est un fléau pour la survie de la planète, nous donnons aux clients l’occasion de se montrer responsables.  

Patagonia ne tente pas d’accroître l’élan de surconsommation, elle veut essayer de faire croître son propre envol, parce qu’elle est convaincue qu’elle le fait mieux que personne.

Q : Comment parvenez-vous à maintenir une chaîne d’approvisionnement durable?

R : La réponse risque de prendre toute la journée, parce que la majorité de nos impacts en tant qu’entreprise se retrouvent dans notre chaîne d’approvisionnement. Pour évaluer tous nos fournisseurs, nous suivons un processus en quatre modules : 1) impact environnemental, 2) retombées sociales, 3) qualité, 4) capacités opérationnelles (c.-à-d. coûts et délais de livraison). Ces quatre modules sont examinés sur un pied d’égalité.

Une équipe de Patagonia collabore avec les fournisseurs pour évaluer leur impact social et environnemental afin de les faire évoluer vers la responsabilité. Si un fournisseur s’écarte vraiment de nos normes environnementales et sociales, nous relocalisons nos approvisionnements ailleurs.

Nous avons des fournisseurs grandement sophistiqués pour nous indiquer comment procéder à bien des égards. Nous profitons donc de leur expérience et de leurs compétences. Ils occupent une position centrale dans notre modèle d’affaires.

Q : Quel rôle jouent les communications imprimées chez Patagonia?

R : L’imprimé a toujours revêtu une importance centrale pour notre société. Les catalogues constituent le principal moyen de communication avec les clients. Nous en publions onze par année, et nous les considérons comme des moyens de parler d’écologisme et de consommation. Des amis de mes parents conservent tous les catalogues de Patagonia depuis 25 ans et ils les ont lus de la première à la dernière page.

Tous les ans, nous publions un livret d’initiatives environnementales et sociales. Avec 120 pages l’an dernier, on peut plutôt parler d’un livre. Il résume notre travail avec la chaîne d’approvisionnement, les organismes sans but lucratif, et le plaidoyer d’entreprise. Il s’agit d’une de nos communications les plus valorisées. Même si nous ne sommes pas une société de la sphère publique, nous l’intitulons notre rapport annuel, parce qu’il consigne nos interventions pour créer un avenir différent et une autre façon de faire des affaires. C’est pour nous l’objet d’une grande fierté.

Q : Voyez-vous Patagonia comme un leader environnemental?

R : Non. Certes, nous avons accompli beaucoup de choses, mais il nous reste un long chemin à parcourir. Nous qualifier de leader, cela signifierait que nous avons atteint en quelque sorte une position dominante. En tant qu’entreprise, nous avons toutefois des répercussions sur la société et l’environnement, et nous nous efforçons constamment d’améliorer cette situation

Photo: Kyle Sparks/Patagonia​


1Forest Stewardship Council® (FSC®) est un système de certification et de label environnemental international qui fait la promotion d’une gestion responsable des forêts dans le monde entier.