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Leaders environnementaux — Canopée observe le passage de témoin aux entreprises

Canopée observe le passage de témoin aux entreprises
Renee Yardley
6 juillet 2017

Leaders environnementaux — Canopée observe le passage de témoin aux entreprises

Dans le cadre des « Conversations avec les leaders environnementaux », le président de Rolland, Philip Rundle, demande aux organisations soucieuses de durabilité de décrire leur approche en matière de responsabilité environnementale.

Nicole Rycroft est la fondatrice et directrice générale de Canopée, une société sans but lucratif de Vancouver qui exploite les capacités de l’économie de marché pour protéger les forêts en voie de disparition dans le monde. Elle décrit le rôle environnemental des entreprises, les solutions créatives et une espèce rare, l’ours esprit.

Mission et rayonnement de Canopée

  • Canopée collabore avec les patrons d’entreprises, les scientifiques et les décideurs pour protéger les forêts et mettre en place des chaînes d’approvisionnement durables.
  • Canopée contribue à faire évoluer les pratiques d’achats de 750 des plus gros clients de l’industrie forestière, depuis les éditeurs jusqu’aux imprimeurs.
  • Par l’entremise de la campagne CanopyStyle, les principaux créateurs de mode se sont engagés à en finir avec l’utilisation de textiles fabriqués à partir de fibres en provenance de forêts anciennes et menacées.

Q : Sur une échelle de un à dix, comment évaluez-vous le niveau de risque actuel pour les forêts anciennes du monde?

R : Le risque s’élève à dix. Sur cette même échelle, je situerais également à dix ma conviction de parvenir à mettre au point une solution à grande échelle pour la conservation la forêt ancienne.

Q : Pourquoi avez-vous bon espoir face à un risque aussi grand?

R : L’accélération de la dynamique sur le marché me donne confiance. Les grands clients de l’industrie papetière cherchent des réponses et veulent contribuer à la conservation des forêts et aux solutions climatiques. Ils agissent en choisissant un approvisionnement en matières premières leur permettant d’atteindre leurs propres objectifs de durabilité.

Le soutien du marché s’est manifesté par des actions spectaculaires, comme l’accord sur la forêt pluviale de Great Bear1 finalisé en 2016 et qui préserve un territoire de 6,5 millions d’hectares. Il y a quinze ans, 90 % de cette forêt était ouverte à la coupe forestière. Maintenant, elle est officiellement protégée de la coupe à 85 % ou interdit à l’exploitation— alors que dans le même temps, une industrie dynamique de produits forestiers durables s’est mise en place. Voilà un motif d’espérance!

Q : Qui retrouve-t-on derrière ce soutien?

R : Les grands éditeurs, les imprimeurs et les marques de mode sont des acteurs convaincants de la chaîne d’approvisionnement qui refusent de contribuer à la destruction des dernières forêts anciennes menacées dans le monde. Leurs actions ont permis de sensibiliser le secteur papetier et forestier en l’incitant à modifier ses pratiques, priorisant des solutions sur le terrain et en développant des produits durables comme le papier fait de fibre recyclée

Q : Comment définiriez-vous une « chaîne d’approvisionnement durable »?

R : En ce qui concerne le papier, cela consiste à éviter l’approvisionnement à partir des écosystèmes forestiers anciens en voie de disparition ou un impact sur ceux-ci, ou à utiliser un contenu recyclé important et, dans le cas de fibres vierges, à obtenir la certification FSC®2.

Q : Comment CanopyStyle3 soutenu par cinq marques de mode en 2013 a-t-il pu en rallier cent en 2017?

R : Une telle progression se doit au modèle de changement de Canopée : notre équipe talentueuse, des partenariats puissants avec des marques et créateurs ... et un peu de magie. Comme l’innovation fait partie de la trame du secteur textile, CanopyStyle a suscité son intérêt pour cet aspect.

L’industrie s’est trouvée confrontée à des questions sociales comme le travail des enfants et la plupart des grandes entreprises de l’habillement disposent d’équipes pour traiter des problèmes sociaux et environnementaux. Elles sont à la fois sensibilisées et réactives.

Les grands partenaires ont été lancés dans la campagne en devenant de fervents défenseurs. Qu’il s’agisse des grands noms de l’industrie comme Eileen Fisher, H&M et Zara, ou des avant-gardistes du luxe comme Stella McCartney.

Q : Quelle question environnementale a capté l’attention du monde de la mode?

R : Tous les ans, 120 millions d’arbres disparaissent pour produire de la rayonne et de la viscose. Une telle production a eu des retombées sur la forêt boréale canadienne et les forêts pluviales de l’Indonésie et de l’Amazonie. À moins d’une modification des sources d’approvisionnement, on s’attend à ce que ce chiffre double dans la prochaine décennie.

On a l’impression que nous pourrions arrêter ce problème en installant une clôture au bord de la falaise et non pas en construisant un hôpital au fond du ravin. Cette situation diffère grandement de la plupart des problèmes environnementaux où l’on doit se contenter de pallier un désastre. L’industrie de la mode s’est mobilisée, car elle a perçu l’occasion de se réorienter vers la durabilité, avant de se précipiter de la falaise.

Q : Quel est le rôle des communications imprimées chez Canopée?

R : Dans la société contemporaine, le papier joue un rôle important et Canopée se conforme à sa mission d’organisme voué à la conservation. Nous utilisons du papier recyclé à 100 %. D’un point de vue strictement personnel, je préfère toujours écrire à la main dans un cahier!

Q : Depuis 1999 — date de la création de Canopée sur une table de cuisine — quelle a été la plus grande évolution sur le plan de l’environnement?

R : La prise de conscience dans ce domaine s’est intensifiée de manière considérable. Nous avons également assisté à une évolution en parallèle du changement climatique et aux retombées sur la nature et les conditions météorologiques. Il existe maintenant des réfugiés climatiques!

Nous avons aussi observé de la part des entreprises un incroyable exercice de responsabilité en matière environnementale. La majorité des impulsions audacieuses mondiales autour de la durabilité sont situées à l’intersection des interventions entre les organismes de conservation et le secteur privé.

L’accord de la forêt pluviale de Great Bear constitue un exemple fantastique de ce qui en 1999 semblait impensable, lorsque la situation était insoutenable sur le plan environnemental et social. Les grandes sociétés nationales et internationales ont envoyé un message clair à l’industrie forestière et au gouvernement de la Colombie-Britannique. Elles ont refusé de s’approvisionner dans l’habitat de l’ours esprit4 ou de pratiquer de la coupe d’exploitation non viables.

Les négociations ont alors commencé.

Faisons un retour en arrière rapide en février 2016, lors de l’accord. Outre la protection de 85 %   du territoire et la restriction de l’exploitation forestière, l’accord comprend une transition vers la gestion de l’écosystème avec une empreinte légère, une gérance durable de la forêt sur les terres ouvertes à l’exploitation et la reconnaissance des Premières nations lors d’échanges à l’échelon intergouvernemental. Voilà une solution créative.

Q : Voyez-vous Canopée comme un leader environnemental?

Oui. Je me lève tous les matins, motivée par l’idée de protéger les forêts en voie de disparition. Nous collaborons avec des sociétés et des marques qui sont également des leaders environnementaux importants. Et je place Rolland au premier plan des producteurs de pâtes et papiers en raison du fort contenu recyclé de ses produits et de son refus de s’approvisionner dans les forêts anciennes en voie de disparition.
 


1La forêt pluviale de Great Bear, la plus grande forêt pluviale intacte de la planète, couvre une superficie équivalente à l’Irlande le long de la côte centrale et septentrionale de la Colombie-Britannique.

2Forest Stewardship Council® (FSC®) est un système de certification et de label environnemental international qui fait la promotion d’une gestion responsable des forêts dans le monde entier.

3Par l’entremise de CanopyStyle, les créateurs de mode, les marques, les détaillants et les fabricants de textiles se sont engagés à proscrire les fibres issues de forêts anciennes et menacées. Les cent marques impliquées dans CanopyStyle ont adopté des politiques d’approvisionnement solides et durables pour les tissus de rayonne et de viscose et souscrivent à une vision commune pour la conservation des forêts du monde entier.

4La forêt pluviale de Great Bear est le seul endroit où l’on peut apercevoir l’ours Kermode ou « ours esprit », une sous-espèce rare de l’ours noir, connu pour son pelage blanc crème.